Morwenna, de Jo Walton : le coup de coeur de deux bibliothécaires

Posté le Vendredi, 27 novembre 2015 -

image Morwenna, de Jo Walton : le coup de coeur de deux bibliothécaires

Quand un livre vous arrive dans les mains, il faut parfois avoir la curiosité de l’ouvrir et de se laisser embarquer dans l’histoire. On peut très bien tomber sur une petite perle du genre sans même le vouloir. Peut-être Est-ce de la magie ?

Ce roman pourrait très bien s’inscrire dans le courant du réalisme magique tant il ne s’y passe, à proprement parlé, pas grand-chose mais l’ambiance nostalgique étrange, les personnages passés par le prisme de la narratrice et ses quelques péripéties entre réel et imaginaire en font un ouvrage qui détonne dans une fantasy sclérosée par ses clichés.

Cela commence d’abord par un cadre qui coupe les amarres avec le sempiternel médiéval fantastique. Nous sommes en Angleterre et plus précisément entre l’année 1979-1980. Le journal de la jeune Morwenna se déroule ainsi sur un an.

Ensuite l’unité de lieu. Nous ne quittons que rarement l’école pour jeunes filles, véritable purgatoire dans lequel elle est rejetée par une famille peu soucieuse de son bien-être. Quelques scènes se déroulent aux alentours (ou à l’hôpital) mais l’auteur se cantonne à un décor familier. Oubliez l’exotisme de pacotille, ici la fantasy nait du quotidien.

Enfin c’est une héroïne d’une quinzaine d’années peu banale qui nous est présentée, prise entre son deuil pour sa sœur jumelle (dans des circonstances très floues) et ses propres blessures – la mort de son jumeau a entraîné de graves lésions, réelles ou imaginaires, dans sa jambe. Elle se déplace avec une canne et ne cesse d’être taraudée par une douleur sourde.

Le traitement des éléments fantastiques et de la magie passe par les perceptions très particulières de la narratrice. C’est ainsi que les fées ôtent les oripeaux du stéréotype pour se métamorphoser en choses étranges, ni minérales, ni végétales, ni animales… La magie devient plus une question de croyance, un système de pensées renouant avec les antiques traditions païennes (ce qui n’a jamais cessé d’être au centre de la problématique de la fantasy). L’auteur maintient d’ailleurs l’ambiguïté sur son existence jusqu’au bout.

N’oublions pas la liste interminable des livres que lit notre héroïne et qui parsèment le texte de petites notes. Un vrai bonheur pour ceux qui s’intéressent à la fantasy et à la SF . Vous pouvez vous amuser à essayer de les retrouver dans toutes les bonnes bibliothèques (dont l’auteur ne cesse de vanter les mérites soit dit au passage – ce qui fait de cet ouvrage un livre d’autant plus fréquentable). Des livres qui servent de référence mais également de guide à notre espiègle narratrice… Des livres qui serviront enfin à un grand final qui réutilise astucieusement toutes les pistes disséminées dans les méandres de l’histoire.

Libertaire, ponctuée de saillies drolatiques, de drames et de magie, Morwenna vaut largement le déplacement, et ce dès l’adolescence.